Ice slivers—
On the road sparkled with nowhere
The cities of glass collapse—
Chill words rain down on me
Drenched in language shreds
Derided by shadows
You stare at me tongue-tied and soulless
Tired of raving in the desert of words
Unredeemed by the tide of desireless songs
I rise with suntrails of dust
Your face is nowhere to be found
All roads lead to heaven if you tiptoe on the glass ceiling
Today is the birth of storm-dwellers
Sooner or later you'll find yourself hovering
over the void endlessly
Ungraspable white noise falls
through the
empty
night sky
As hailstones astonish storm-riders
You get lost in the sun's black eye
Word-riders dwell in stones of derision
as hailstones fall through the world's darkest core
Godliness is the beginning of Nothingness
All roads lead to nowhere
as bridges collapse
The sun is nowhere to be found
Erase this world with a strike of birds—
Hovering above the waters of the Uncreated—
Sketched brushstrokes on an empty canvas—
*
La Dérive illusoire de l'instant
Mes poèmes forment un champ polyphonique ouvert
à l'environnement extérieur.
Ils composent un paysage où se multiplient les déformations intimes
de visages étranges
et les défigurations fulgurantes
de rivages intérieurs.
Ces oeuvres lyriques et néo-expressionnistes mettent en scène
la hantise
suscitée par l'éternelle disparition du moment présent.
Ces constellations de mots s'étoilent en une texture chatoyante
où se nouent et se dénouent les filaments de vies éparses
parsemant l'espace infiniment extensible de la page.
Mes vidéopoèmes se nourrissent de la blessure
où vibrent la richesse de la fragmentation
et la fertilité des brisures linguistiques.
*
Errance
La forêt clairsemée de mots
palpite en un chatoiement de miroirs
brisés comme le firmament sans paradis
où se glace toute idée d'éternité
Tu marches dans une plaine d'eau gelée
bercée de brume
sertie de neige et de glace
Tu te réfugies dans le sanctuaire
des âmes exilées
où je murmure
de kyrielles de mots
éphémères
se dissipant
parmi les astres errants
et les épaves célestes
Je vide le monde d'une gorgée
Tu ris à gorge déployée
L'étoile noire chavirée
palpite comme un coeur d'enfant
Je me baigne dans l'estuaire de ta bouche
La mer déroule sa longue chevelure
Le soleil étourdi s'abreuve à ta source
Tu dérives à flot de mots,
bercée par des flammes déferlantes—
Sur ta peau constellée j'essaime ma voix
Perdue dans le ressac de la mer
parsemée de mots
tu dissémines des éclats de chair
Dans le refuge de la forêt se dispersent
des semences d'étoiles
qui s'épanouissent en poèmes
*
Scripturale
L'oiseau décru transperce le soleil errant
en sombrant dans le vide
Les gerçures lentes de tes lèvres
sont des traces de silence
L'oiseau de crue ploie sous l'averse
Ton ombre soudain éclose
s'enfonce dans le paysage déserté
L'oiseau de pluie effleure ta peau
Tu épies les semences de l'aube
emportées par le vent
Les gerçures de tes lèvres
sillonnent le tronc de l'arbre creux
Les gouttes de pluie hésitant au bord de tes cils
se bercent
s'effilent
se fanent
Les cils vibratiles de ton oeil
s'effeuillent sous le vent
Je grave ton nom sur l’écorce de l'arbre creux
Mes paroles insinuées de sève
montent aux branches du paradis
Tes lèvres d'averse effleurent ma peau
Inscris-moi vierge sur ce tronc aux sentences incisées
Mon doigt trace ton nom sur le sable
Toute inscription est effacée par la mer
Tout souvenir s'évapore avec l'écume des mots
L'embrun de tes paroles s'envole et se perd à l'infini
Tout mot est une poussière d'eau
arrachée par le vent à la crête des vagues
Chaque vague se brise au sommet de son élan
Ton visage se crée dans la mer puis s'évanouit dans les airs en déferlant sur les brisants—
Je t'aperçois au détour d'une phrase
emporté dans le ressac des mots—
*